Syracuse

Syracuse est une enfant gâtée, ingrate et capricieuse. Mais, entre les mains d’un homme déterminé, elle peut aussi être grande. En des temps déjà mythiques, Denys l’ancien en a fait l’égale des Etrusques, en leur arrachant toute l’Italie Méridionale. Lorsque les héros Grecs de Salamine rejetaient à jamais l’invasion perse, elle aussi repoussait la menace barbare en écrasant les Puniques à Himére. Ce furent les citoyens de Syracuse qui causèrent la chute de l’orgueilleuse Athènes. Plus tard, alors que les généraux du défunt Alexandre s’entrégorgeaient toujours, son tyran Agathocle lui fit assaillir les murs mêmes de l’orgueilleuse Carthage, tout en faisant la nique à cette armée macédonienne qui venait de conquérir la moitié d’un monde. Et enfin Pyrrhos le Molosse, ce nouvel Alexandre, après lui avoir conquis la Sicile entière, lui mit enfin entre ses mains cet empire occidental dont elle rêvait depuis des siècles. Mais, toujours, une fois Syracuse repue de gloire et de richesses, la vraie nature capricieuse et mesquine de la cité refaisait surface. Dans la facilité de l’opulence, l’égoïsme, l’appât du gain et l’immoralité refleurissaient, et condamnaient cette cité brillante entre toutes à la dissension, aux querelles intestines et aux guerres civiles. A tel point qu’il a fallu parfois l’intervention de sa mère fondatrice, Corinthe, pour la libèrer des démons de la stasis, la discipliner et la rappeler à sa grandeur.
aujourd’hui, une nouvelle fois, Syracuse paie son ingratitude ; Alors que Pyrrhos lui offrait un empire, elle lui a refusé le titre de Roi. Devant tant de mesquinerie, le conquérant se tourna, pour son malheur, vers d’autres rêves de grandeur. Et peut être la trop fière cité est elle en passe de connaître comme lui une fin lamentable. Une à une, ces cités Siciliotes trop jalouses de cette indépendance qu’elles ne devaient pourtant qu’aux armes du Molosse sont retombées sous le joug de Carthage. Seul un petit noyau résiste encore autour du conseil apeuré de la cité de Denys. Et encore les campagnes alentour sont elles à la merci des rapines des mercenaires révoltés de Messine.
Ces Mammertins, chiens fous d’Agathocle, oubliés par les marchands de Syracuse à la mort de leur tyran et ignorés par Pyrrhos, se sont alors payés sur la bête. Ils ont pris Messine, en ont massacré les citoyens et réduit à l’esclavage leurs femmes et enfants. Depuis, ils vivent de pillage dans toute la région. Les Carthaginois, bien contents à l’origine que les Syracusains aient une telle épine dans le pied, voyaient ces troubles d’un assez bon œil (et peut-être les ont ils même encouragés). Mais aujourd’hui, après leur reconquête de la Sicile, ils ne supportent plus d’avoir des voisins si remuants. Carfthage a donc fait savoir à Syracuse qu’il fallait s’entendre pour réduire ces impudents latins. Alors, les marchands timorés du Conseil de Syracuse, enfin, décidérent de consacrer un peu de leur précieuses richesses au bien commun de la cité et engagèrent un effort d’armement que la cité n’avait plus connu depuis longtemps. Ce qui n’est pas pour déplaire à l’ambitieux Hiéron, stratège de la cité, et ancien lieutenant de Pyrrhos, qui rongeait son frein dans la trêve tremblante que le conseil imposait depuis la chute d’Akragas.

Syracuse

Les Ombres d'Agathocle DidierForcioli